J’aurai toujours à manger et à boire pour toi

Ce fantasme suppose que tu es ce jour-là d’humeur gourmande – partant de ce principe, je me sens légitime à imaginer ce qui suit.

Je suis assis sur un canapé et tu t’approches de moi, grivoise : la lueur de coquinerie dans tes yeux ne trompe personne, puisqu’on dirait en réalité un phare breton de luxure braqué tout droit sur mon entrejambe – on te voit venir à des kilomètres, soleil femelle du sexe !

Avec le côté agile du félin qui a repéré le bruissement et la puissante odeur d’une musaraigne tapie dans l’herbe, tu te faufiles dans l’air, ton corps se courbe vers l’avant au fil de ton approche, de sorte qu’à l’arrivée te voilà déjà accroupie devant moi, le visage face à mon aine, la bouche dégoulinant déjà presque d’une chaude salive.

Confiante et téméraire, prenant ma queue pour acquise, tu t’apprêtes à ouvrir ma braguette pour aussitôt te mettre à table à bouche nue, sans couteau ni fourchette, quand soudain tu entends une voix dont tu eûs préféré qu’elle se taise – et cette voix, hélas, c’est la mienne.

Elle s’adresse à toi d’un ton presque dur, en tout cas ferme, le ton d’un garde en costume rouge ridicule devant un monument royal anglais ou autrichien :

  • Hola, qui va là !

Tu lèves alors vers moi les yeux tout étonnés, larmoyants et déçus, les grands yeux bleus de la blonde Candy à qui on expliquerait qu’Archibald est devenu transsexuel, les yeux du matou pris en flagrant délit pile au moment où il allait croquer le poisson rouge familial, les yeux de trois jeunes filles au moment de partager les quatre parts du gros gâteau d’anniversaire, les yeux du commandant de police devant le juge qui déciderait de lever la détention d’un anarchiste :

  • Mais ?… Qu’est-ce que…?

Hé oui ma belle, elle est bien dure cette vie, et tout ne tombe pas tout cuit du ciel dans le gosier de nos oisillons affamés.

  • Cui-cui ?….

Oui, MAIS. Oui, mais d’abord. Oui, mais avant cela. C’est possible, cependant il faut.

La porte s’ouvrira dès que tu auras su ouvrir les 7 clés du coffre magique ; à l’intérieur, tu trouveras une lampe qu’il te faudra frotter quelque temps afin d’en faire surgir enfin le génie qui exaucera tes vœux !!!

Tu me regardes toujours, tu fronces maintenant les sourcils, cherchant dans mes yeux à démêler les raisons douteuses de la cruelle injustice qui fait se dresser devant ta parfaite gloutonnerie le mur invisible du refus.

Et cela m’amuse ; patiente encore un peu ; je vais te répondre.

Compte d’abord jusqu’à trois ; non, jusqu’à neuf ; attends, va moins vite.

Dans la prison des irlandais, le temps passe, goutte à goutte, suintant contre les murs crasseux.

Sur le pont du galion espagnol, le soleil tape, fendant le bois, pendant qu’on meurt de soif en soute auprès des monceaux d’or.

Et toi, malheureuse, tu dois attendre.

Puis ma voix est gentille : elle daigne te parler. Citoyens, citoyennes, voici ce qu’a décidé l’Assemblée souveraine.

  • Écoute, je veux bien. Mais d’abord, frotte simplement ton visage.

Tu as envie de pleurer, car tu n’as jamais voté ça ; cette démocratie, comme les autres, néglige tes intérêts les plus vitaux, n’en fait qu’à sa tête ou plutôt qu’à la tienne, et s’en fout royalement. Et pourtant c’est la loi… Dura lex, sed lex…

Alors, que choisir ? L’exil, d’autres pays ? Le voyage serait long ; tu resterais sur ta faim.

Tu choisis d’obéir, d’acquitter ton impôt, espérant vivement obtenir en retour un service public de qualité – naïve que tu es !!!

Et donc tu baisses les yeux, tu distingues bien une forme, oblongue, originale, presqu’offerte à travers les obstacles.

D’accord, tu te dis, je ferai cette concession, j’obtiendrai ce que je mérite.

Tu t’illusionnes, ma belle, prise comme un thon dans les filets du libéralisme pêcheur, mais c’est ton naturel : dans les films, tu crois toujours que le plombier et la femme au foyer vont se marier à la fin.

Très bien, alors puisque tes lèvres, ta bouche ne servent à rien, puisque ton palais se doit pour l’instant de rester orphelin du prince, tu offres dorénavant tes joues, que tu appuies contre la forme. D’un côté, de l’autre… L’inconvénient d’une joue, d’une joue extérieure, c’est qu’elle ne peut rien prendre, elle ne peut rien saisir, tout ne fait que glisser contre elle : la brise, la poudre du maquillage, l’eau de la douche, et maintenant la douceur un peu râpeuse d’une étoffe de pantalon.

Oh mon Dieu, comme cette vie est parfois triste, comme ils sont longs ces déserts qu’il faut traverser d’une oasis à l’autre, en quête d’un mince filet d’eau de source.

Tes joues glissent donc, puis d’un côté à l’autre, tu sens une résistance : c’est ton nez qui bloque contre la résistance organisée, dès lors ne peux-tu pas en tirer profit, et malgré le désespoir ambiant, t’amuser ? En effet, et si tu profitais de l’obstacle pour, en entrouvrant tes lèvres, mieux saisir les contours ? Et voilà que tu appliques ce principe innovant, et que, pleine d’une rage contenue, femme affamée, tu tentes presque de mordre l’objet du délire à travers le tissu.

Hola, hola ! Ne sais-tu pas qu’ici tout est surveillé, sous la vigilance d’un Etat implacable ? Que n’as-tu pas fait là, malheureuse ? Tu sens ployer sur toi le poids d’un regard sévère…

Mais non ! Soudain, une lueur au bout du tunnel, c’est ton jour de chance : aujourd’hui, c’est amnistie ! Une présidence bienveillante te pardonne, une occasion unique t’offre ta chance, soudain il est minuit, illico c’est Noël, tu entends :

  • Allez, ouvre-le !

Moins froide que la Sainte Vierge, tu ne te fais pas prier. Généreuse comme Jésus, tu vas pour t’offrir en entier à la savoureuse infibulation buccale.

Mais hélas, hélas…

  • Holà, qu’est-ce que tu fais ?

A nouveau tes grands yeux, ton regard de pitié et d’incompréhension devant la misère, la guerre, les bébés qui crèvent du cancer. Pourquoi ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?

  • Tu peux la manger, mais doucement. Déjà, ouvre la bouche, de loin : voilà, comme ça. Tu dois me sentir à distance, pas vrai ? C’est fait, tu sens ?

Tu hoches la tête, pensant que de toute façon, il n’est plus utile de dire non ; c’est comme faire appel ou aller en Cassation, ça ne sert à rien, l’issue sera toujours fatale, le seul pronostic viable de la justice aveugle : le glaive.

  • Voilà. Maintenant, tu peux t’approcher ; pas trop ; et ne me touche pas. Voilà, entoure-moi simplement. Si tu me touches, c’est fini entre nous pour toujours. Sens-tu ma chaleur sur ta langue et jusque dans tes gencives ? La chaleur représente la vibration de mes cellules qui disent : bonjour, Madame. Elles sont contentes, alors elles sautent, elles trépignent. Bien, bien. Compte jusqu’à 30. Non, 66. Voilà, maintenant disons que tu peux lentement rapprocher tes mâchoires autour de moi, tu peux même me toucher, mais reste juste à l’extrémité, voilà, très doucement, referme tes lèvres sur le méat et fais-lui un chaste bisou. Hou, hou ! Il est gentil, il te ferait bien la bise s’il ne te la faisait pas déjà. Bon, que dirais-tu maintenant de rester exactement dans cette position, de ne pas oublier de respirer sinon tu vas mourir, et d’avancer vers moi, juste d’un millimètre ? N’exagère pas non plus, un millimètre, pas plus. Voilà. Expire. Inspire. Expire. Inspire.

Tu as envie de pleurer. Tu as envie de me tuer. Tu as envie de m’expédier hors de cette galaxie à tout jamais. Mais tu ne fais rien de tout ça, tu restes là suspendue à ma bite, ma pauvre petite amie.

  • Maintenant, je vais te demander d’opérer avec précision. Tes lèvres, tu vas les serrer juste assez pour me comprimer légèrement ; de là, tu vas avancer très doucement, très lentement, jusqu’à ce que tu sentes le déclic – mais ne va pas plus loin que mon gland : ta bouche va alors progressivement s’arrondir, pour adopter la forme de ma circonférence. D’accord ?

Tu hoches la tête avec un certain empressement… Tu es d’accord, manifestement. Tu t’exécutes, habile, tu réussis, facile, tout cela est aussi évident que de dévorer des glaces à la fête foraine.

Tu as donc maintenant ton visage à distance de mon ventre, avec ta bouche en cœur autour de mon plaisir tout en retenue, quelque peu dilettante et arrogant même, le salaud.

  • As-tu envie d’avancer ?

Tu hoches la tête, trichant un peu.

  • As-tu envie d’aller et venir ?

Tu hoches encore, gagnant un minimum de terrain tout en faisant mine d’avoir tout bien respecté correctement.

  • Eh bien, sache que c’est interdit. Un décret arbitraire, une loi votée pendant la nuit au Sénat lors d’une séance déserte, on ne sait même pas d’où ça sort mais soudain c’est là, impérieux et s’imposant à toutes et à tous. C’est bien malheureux, la politique !

Cette immobilité, cette inaction, cette impuissance, sont un supplice pour une femme ambitieuse et active comme toi, mais que veux-tu ?

Tu voudrais qu’une larme coule, mais rien ne sort ; tu voudrais que tout le corps tremble, mais il reste droit dans ses bottes et stoïque comme le pire philosophe.

  • Alors, as-tu été gentille cette année ?

Tu hoches. Ne sois pas malhonnête !

  • As-tu bien réclamé tous tes droits, as-tu bien envoyé paître tous les fils de pulpe qui donneraient tous les fruits du monde pour être à ma place ?

Tu souris malgré toi et tu hoches, tu es devenue une sorte de hochet ; toi qui venais me dévorer, te voilà ferrée.

  • Alors très bien. Tu peux avancer d’un centimètre.

Han !

  • Tu te rends compte ! Un centimètre d’un coup ! C’est une avancée civique comme on en a rarement connu, sauf en 1945. Au fait, comment te sens-tu, à l’intérieur ? As-tu un peu chaud ? Est-ce que tu coules un peu ? Pardon de n’avoir pas pensé à m’y intéresser avant. Si tu chauffes, trémousse-toi.

Toujours à moitié empalée par la bouche, reposant sur tes genoux, tu soulèves un peu ton cul et tu te trémousses.

  • Formidable. Veux-tu bien dégrafer ta jupe, comme ça, laisse-la juste tomber ; et maintenant, baisse aussi ta culotte ; hou, te voilà cul nu ! Cela pourrait être une idée, éventuellement, si tu glissais une main entre tes cuisses ? Qu’en penses-tu ?

Tu grommelles quelque chose d’incompréhensible ; qui dans ta langue veut dire « d’accord ».

  • Sais-tu ce qui serait mieux ? Ce serait que ta bouche avance encore d’un centimètre ; hou, te voilà à moitié ! Bravo ! Allez, pour fêter ça je t’en offre un autre, vas-y ! Bon, sais-tu ce qui pourrait vraiment te faire plaisir ? Surtout, ne bouge plus ta bouche, sinon c’est fini. Voilà. Ce serait que maintenant, tu fermes tes yeux, et tu te caresses plus vite, plus fort, d’accord ?

Tu adorerais parler, malheureusement tu ne peux pas, il y a des jours comme ça, des moments comme ça.

Mais tu as bien compris. L’air sort de plus en plus fort à travers tes narines, je sens ton souffle contre ma colonne, tu m’humidifies rien qu’avec ta vapeur. Ça chauffe à l’intérieur de toi on dirait ? Tes joues sont toutes roses, et nous savons pourquoi. Surtout, j’aperçois qu’en bas ça vibre… ça va-et-vient, ça s’active… Moi, je suis calme, impérial, raide comme un obélisque volé en Egypte.

  • Je sens que tu viens, mais pas encore tout à fait. Tu sais quoi ? Dorénavant, tu n’as qu’à m’engloutir entièrement. A partir de maintenant, c’est open bar, free lunch, buffet gratuit. Tu n’as toujours pas le droit de bouger ta bouche, mais tu peux engloutir tout ton saoul, telle une baleine qui ouvrirait une conserverie de sardines, engloutissant d’un coup l’énormité d’un banc. Tu sens bien comme je suis gonflé autour de ta langue, contre ton palais, de tes lèvres à ta gorge ? Oui ? Bien ? Hou, ça a l’air de te plaire, ta main tressaute encore plus vite !

En effet, cette fois, on dirait que tu t’étouffes : ton cœur bat trop fort, ton sang vrille trop vite, te voilà au bord du gouffre.

Et moi, qui faisais mine de rien depuis tout ce temps, te voyant arriver si essoufflée au point de bascule, je me dis que c’est le moment de te donner ce qu’à l’origine tu étais venue chercher. Alors voilà, ma chérie : ouvre bien grand ; au moment pile où tes lèvres d’en bas se convulsent, où ton ventre se crispe comme celui d’un chien battu, tes lèvres d’en-haut et ta langue se couvrent d’une épaisse rosée, comme la neige chaude d’un janvier tropical. Tu suintes de partout, ma jolie. Finalement, tu vois, tout vient à point à qui sait attendre. Reviens me voir une autre fois, j’aurai toujours à manger et à boire pour toi.

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